Douze ans d'attente, et le voilà. Thomas Pynchon publie « Mission de l'ombre », un roman qui plonge dans les années 1930 avec une vitalité que la critique relève. Dans le même temps, Giuliano da Empoli sort « Le Fondateur », thriller sur les magnats de la tech. Deux romans, un même écho à notre époque.
En bref
- Thomas Pynchon n'avait rien publié depuis « Fonds perdus », il y a douze ans : « Mission de l'ombre » marque son retour.
- Le roman de Pynchon s'ouvre à Milwaukee, dans les années 1930, avec un détective privé nommé Hicks McTaggart.
- Giuliano da Empoli signe « Le Fondateur », thriller où un conseiller politique romain travaille pour Alexandre Zimmer, magnat de la tech.
Le chiffre clé : 12 ans d'attente depuis « Fonds perdus » pour retrouver un roman de Thomas Pynchon.
Pynchon est de retour, douze ans après « Fonds perdus »
Pour les lecteurs fidèles, l'attente a duré plus d'une décennie. Le dernier roman de Thomas Pynchon, Fonds perdus, paru aux éditions du Seuil, date d'il y a douze ans. Depuis, silence. Le revoir en librairie avec Mission de l'ombre a donc quelque chose d'un petit événement.
L'Américain est aussi l'auteur de V., l'un des titres qui ont fait sa réputation. On parle d'un écrivain mythique, de ceux dont chaque livre est guetté. Le nouveau roman est décrit comme un texte d'une grande vitalité, plein de fantaisie. Pas un monument figé, donc : une lecture qui bouge.
Pour vous, la question est simple. Si vous avez aimé ses précédents livres, le goût des complots et des mondes secrets qui le caractérise est bien au rendez-vous. Si vous ne l'avez jamais lu, ce retour peut être une porte d'entrée, à condition d'accepter de se laisser embarquer sans carte.
Un détective privé de Milwaukee dans un « espace-temps préfasciste »
Le décor est posé dès les premières pages. Nous sommes dans les années 1930, à Milwaukee. Un détective privé, Hicks McTaggart, y reçoit une mission, celle qui donne son titre au livre. Pynchon fait ainsi du genre policier le point d'entrée d'un récit qui s'ouvre vite sur autre chose.
Cette autre chose, c'est ce que la critique appelle l'« espace-temps préfasciste ». Une période que l'on rapproche, dans les commentaires, de celle que nous traversons. L'auteur, lui, ne s'abaisse pas à écrire un roman d'actualité, mais l'écho est difficile à ignorer. Un passage du livre en donne la couleur :
« Nous vivons une drôle d'époque […], un de ces singuliers passages derrière la scène où des papes bricolent des arrangements avec des fascistes et où les besoins de la froide réalité capitaliste et ceux des mondes fantômes contigus entrent grossièrement en contact… »
Thomas Pynchon, Mission de l'ombre
On y trouve tout ce qui fait son univers : des coulisses, des arrangements douteux, des mondes parallèles qui frottent contre le réel. Le détective, figure classique, sert de guide dans ce labyrinthe.
Giuliano da Empoli met en scène un conseiller et un magnat de la tech
Autre rentrée, autre ambiance, mais même goût du pouvoir et de ses coulisses. Dans Le Fondateur, Giuliano da Empoli écrit un thriller politique sur la puissance hégémonique des magnats de la tech. Un conseiller politique y est engagé par le patron d'une tentaculaire société de surveillance, pour gérer ses relations publiques.
Deux personnages portent le livre. Le premier s'appelle G., un conseiller politique romain sans affectation depuis la chute de son mentor. L'auteur lui confie nombre d'éléments de sa propre biographie. Le second est Alexandre Zimmer, un magnat de la tech dont la vie et les desseins épousent l'itinéraire et l'idéologie radicale d'un entrepreneur bien réel de ce monde.
Ce sont deux orphelins devenus grands, qui n'ont en partage qu'une « solitude définitive ». La critique parle d'un roman saisissant de gravité et d'acuité, frappant de précision sur l'inquiétante prise de pouvoir de l'élite du numérique. Au début, la fiction semble n'être qu'un voile fin posé sur la réalité.
Deux romans, deux époques, un même écho au présent
Tout oppose les deux livres en apparence : un détective dans l'Amérique des années 1930, un conseiller romain face à un patron de la tech. Pourtant, ils se répondent. Chacun regarde le pouvoir par la porte de derrière, là où se négocient les arrangements et se fabriquent les images.
| Roman | Auteur | Cadre | Figures centrales |
|---|---|---|---|
| Mission de l'ombre | Thomas Pynchon | Milwaukee, années 1930 | Hicks McTaggart, détective privé |
| Le Fondateur | Giuliano da Empoli | Monde de la tech et de la surveillance | G. et Alexandre Zimmer |
Chez Pynchon, le passé éclaire le présent par la fantaisie et le complot. Chez Da Empoli, c'est la précision qui frappe, avec un thriller qui épouse de près l'idéologie d'un entrepreneur réel. Deux manières de dire la même inquiétude.
Lequel choisir pour votre prochaine lecture
Tout dépend de votre humeur. Vous aimez les récits qui s'égarent avec gourmandise, les complots, les mondes cachés et un ton qui ne se prend pas toujours au sérieux ? Mission de l'ombre a été écrit pour vous, surtout si vous guettiez Pynchon depuis Fonds perdus.
Vous préférez un thriller serré, ancré dans les questions d'aujourd'hui, sur la tech et la surveillance ? Le Fondateur répond à cette envie, avec un duo de personnages qui tient le livre.
Bon réflexe de lecteur de médiathèque : regardez si les deux titres sont déjà au catalogue de votre établissement. Sinon, la plupart des bibliothèques permettent de suggérer un achat. Deux nouveautés très commentées ont de bonnes chances d'y trouver leur place.
Vos questions
Quand Thomas Pynchon avait-il publié son précédent roman ?
Son précédent roman, « Fonds perdus », est paru aux éditions du Seuil il y a douze ans. « Mission de l'ombre » marque donc un retour après une longue attente. L'auteur est aussi connu pour « V. ».
De quoi parle « Mission de l'ombre » ?
L'action se déroule dans les années 1930, à Milwaukee, où un détective privé nommé Hicks McTaggart reçoit une mission. Le roman plonge dans un « espace-temps préfasciste », avec le goût des complots et des mondes secrets cher à Pynchon.
Qui sont les personnages du « Fondateur » de Giuliano da Empoli ?
G. est un conseiller politique romain sans affectation depuis la chute de son mentor. Il est engagé pour gérer les relations publiques d'Alexandre Zimmer, magnat de la tech et patron d'une société de surveillance. Tous deux sont orphelins et partagent une « solitude définitive ».
Sources : telerama.fr.
Laisser un commentaire
À lire aussi
Dans la même rubrique
Fusion Abes-Amue prévue le 1er janvier 2027 : ce qui change pour les bibliothèques universitaires
L'Abes et l'Amue doivent fusionner dans l'agence Ambre au 1er janvier 2027. Les syndicats de l'Abes réclament un moratoire. Ce que l'on sait.
Lire l'article →Bibliothèques et orthographe : lire pour mieux écrire
Lire l'article →Bibliothèques et écoles : accompagner la lecture des enfants
Lire l'article →Du rayon bibliothèque au mémoire relié
Lire l'article →Les Maths en 6ème deviennent plus simples avec une bonne routine
Les maths en 6ème servent à consolider les bases du primaire et à préparer les méthodes du collège. Le programme travaille surtout les nombres entiers et décimaux, les fractions, les opérations, la proportionnalité, la géométrie, les mesures et la lecture de tableaux ou graphique
Lire l'article →Une fraction en CM2 se comprend mieux avec des repères visuels
Une fraction en CM2 représente une part d’un tout partagé en parts égales. Le dénominateur indique le nombre total de parts, le numérateur le nombre de parts prises ; on apprend aussi à comparer, placer, décomposer, additionner et simplifier des fractions.
Lire l'article →