Vous cherchez un ouvrage dans une bibliothèque universitaire ? Derrière les outils documentaires, une réorganisation se prépare. Au 1er janvier 2027, l'Abes, créée pour le Sudoc, doit fusionner avec l'Amue dans une agence nommée Ambre. La mobilisation s'organise contre une fusion « à marche forcée », et l'intersyndicale de l'Abes demande un moratoire. Voici ce qui inquiète.
En bref
- L'Abes et l'Amue doivent fusionner dans l'agence Ambre au 1er janvier 2027, selon un projet de décret.
- Les syndicats de l'Abes réclament un moratoire, des garanties sur les missions et des moyens humains face aux risques psychosociaux.
- L'Abes doit aussi réinformatiser son système avec le projet Orion, prévu en production au 1er janvier 2028.
Le chiffre clé : 20 millions de notices concernées par la réinformatisation du système de l'Abes, le projet Orion.
Une banderole à Montpellier, une échéance au 1er janvier 2027
Jeudi 1er octobre, une banderole a été déployée devant l'Institut botanique de Montpellier. Son message : « Fusion à marche forcée service public en danger ». Le 55e Congrès de l'ADBU s'était délocalisé à cet endroit, et la ville n'a rien d'anodin : l'Abes et l'Amue y sont installées.
La fusion vise l'Amue, l'Agence de mutualisation des universités et des établissements d'enseignement supérieur ou de recherche, et l'Abes, l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur. Elles doivent donner naissance à une nouvelle entité, l'Agence de mutualisation pour les bibliothèques, la recherche et l'enseignement supérieur, abrégée en Ambre. La date retenue : le 1er janvier 2027.
Ce calendrier figure dans un projet de décret envoyé début juillet 2026 aux personnels des deux agences. L'Abes est basée à Montpellier. L'Amue l'est aussi, avec une implantation à Paris.
L'Abes, 90 personnes, face à une Amue deux fois plus nombreuse
L'Abes a été créée en 1994 pour mettre en œuvre le Sudoc, le Système universitaire de documentation. Elle emploie 90 personnes. L'Amue en compte 180, soit le double. Une fois les deux équipes réunies, celle de l'Abes représenterait un tiers des effectifs cumulés.
Ce rapport de taille nourrit un malaise que résume Isabelle Mauger, du service Documentation et Ingénierie Pédagogique de l'Abes, interrogée par Livres Hebdo :
« On a le sentiment d'être absorbés, j'y vois une perte de mon identité professionnelle. »
Isabelle Mauger, Abes, à Livres Hebdo
Elle admet qu'une complémentarité entre les deux structures s'entend « sur le papier ». Mais pour elle, « le diable se cache dans les détails », et ces détails se révèlent bien plus compliqués que prévu.
Les syndicats de l'Abes réclament un moratoire et des garanties
Le 20 juillet, l'intersyndicale de l'Abes a adressé une lettre ouverte à Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. Elle y formule plusieurs demandes :
- un moratoire sur la fusion ;
- des garanties sur les missions de l'agence ;
- des moyens humains et des mesures d'urgence face aux risques psychosociaux ;
- des garanties collectives sur les conditions de travail et les emplois ;
- l'équité dans la convergence des rémunérations entre contractuels et fonctionnaires.
La plupart de ces points concernent d'abord les agents. Mais ce sont ces équipes qui font vivre des outils dont les bibliothèques universitaires dépendent. Leur stabilité n'est donc pas un sujet purement interne.
Un décret non publié et un chantier informatique qui arrive en 2028
Isabelle Mauger insiste sur le manque de préparation. Le décret n'a toujours pas été publié, rappelle-t-elle, et « on ne construit pas un EPA comme ça ». Selon elle, « on manque de temps » et « rien n'est prêt ». Elle conclut : « Nous sommes très inquiets. »
Deuxième difficulté : la fusion tombe en plein chantier. L'Abes se réinformatise pour la première fois de son histoire, dans le cadre du projet Orion. Le marché est signé, et la mise en production est fixée au 1er janvier 2028, soit un an après la naissance prévue d'Ambre.
L'ampleur du projet donne la mesure de l'enjeu :
| Date | Étape |
|---|---|
| Début juillet 2026 | Projet de décret envoyé aux personnels des deux agences |
| 20 juillet 2026 | Lettre ouverte de l'intersyndicale de l'Abes au ministre |
| 1er octobre 2026 | Banderole déployée au congrès de l'ADBU à Montpellier |
| 1er janvier 2027 | Fusion prévue : création d'Ambre |
| 1er janvier 2028 | Entrée en production d'Orion |
Orion emmène avec lui 6 500 catalogueurs répartis dans toute la France, 2 400 bibliothèques et 20 millions de notices.
Ce que cela peut changer pour les services documentaires
Aucun changement de service pour l'usager n'est annoncé à ce stade. Les inquiétudes portent d'abord sur les missions de la future agence, sur le devenir des personnels et sur des questions pratiques, que les agents jugent non réglées.
Le vrai point de vigilance tient à la superposition des calendriers. D'un côté, une fusion au 1er janvier 2027. De l'autre, un système informatique renouvelé un an plus tard, qui touche 2 400 bibliothèques. Si l'agence qui porte ce chantier se réorganise en même temps, la tenue des délais devient la question centrale, et c'est ce que pointent les agents lorsqu'ils parlent de manque de temps.
Si vous fréquentez une bibliothèque universitaire, le prochain jalon à guetter est la publication du décret. Il fixera le cadre de la nouvelle agence et dira si les garanties demandées sur les missions sont entendues.
Vos questions
Quand l'Abes et l'Amue doivent-elles fusionner ?
La fusion est prévue à compter du 1er janvier 2027, selon un projet de décret envoyé début juillet 2026 aux personnels. Elle doit créer l'Agence de mutualisation pour les bibliothèques, la recherche et l'enseignement supérieur, appelée Ambre. Le décret n'était pas encore publié début octobre, d'après Isabelle Mauger, de l'Abes.
Que demandent les opposants à la fusion ?
L'intersyndicale de l'Abes réclame un moratoire et des garanties sur les missions de l'agence. Elle demande aussi des moyens humains face aux risques psychosociaux, des garanties sur les conditions de travail et les emplois, et l'équité dans la convergence des rémunérations des contractuels et des fonctionnaires. Sa lettre ouverte a été adressée le 20 juillet au ministre Philippe Baptiste.
Qu'est-ce que le projet Orion et pourquoi pèse-t-il dans le débat ?
Orion est la réinformatisation de l'Abes, la première de son histoire. Elle concerne 6 500 catalogueurs, 2 400 bibliothèques et 20 millions de notices, avec une mise en production fixée au 1er janvier 2028. Les agents s'inquiètent de voir ce chantier croiser la fusion prévue un an plus tôt.
Sources : livreshebdo.fr.
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