Numérique & Médias

Une déclaration de l'auteur sur chaque livre : ce qui changerait pour les lecteurs après l'affaire Orélien

Thélyson Orélien est écarté des finalistes du Goncourt, soupçonné d'avoir utilisé l'IA. Une philosophe veut une déclaration d'auteur sur chaque livre.

CV

Clémence Valombre

- min
Une déclaration de l'auteur sur chaque livre : ce qui changerait pour les lecteurs après l'affaire Orélien
Partager

Vous choisissez un roman en médiathèque et vous ignorez comment il a été écrit. Après l'éviction de Thélyson Orélien de la liste des finalistes du Goncourt, soupçonné d'avoir rédigé son livre avec l'IA, la philosophe Monique Canto-Sperber propose une déclaration de l'auteur imprimée sur chaque ouvrage.

En bref

  • Thélyson Orélien est écarté des finalistes du Goncourt, soupçonné d'avoir écrit son roman avec l'IA.
  • La philosophe Monique Canto-Sperber propose d'imprimer une déclaration de l'auteur sur chaque livre publié, pour informer le lecteur.
  • Huit tribunes parues dans Le Monde ont nourri le débat sur l'IA et la littérature autour de cette affaire.

Le chiffre clé : 8, tribunes publiées dans Le Monde autour de l'affaire Thélyson Orélien.

Thélyson Orélien sort de la course au Goncourt sur un soupçon d'IA

Le fait tient en une phrase : Thélyson Orélien ne figure plus parmi les finalistes du Goncourt. Le motif avancé est le soupçon d'avoir écrit son roman avec l'aide d'une intelligence artificielle.

Le mot qui compte ici est « soupçon ». Il désigne une suspicion qui a pesé sur la décision, pas une démonstration technique que vous pourriez vérifier vous-même en ouvrant le livre. C'est ce qui rend l'affaire si délicate : personne, parmi les lecteurs, ne dispose d'un moyen simple de trancher.

Pour vous, lecteur assidu qui suivez la rentrée littéraire, l'enjeu dépasse un seul nom. Un grand prix guide vos choix : ce que vous réservez à la médiathèque, ce que vous glissez dans votre panier en librairie, ce que vous offrez. Si la confiance dans l'origine d'un texte vacille, c'est tout ce circuit qui est touché.

Monique Canto-Sperber veut une déclaration de l'auteur imprimée sur chaque livre

Face à ce flou, la philosophe Monique Canto-Sperber avance une idée concrète : une déclaration de l'auteur, imprimée sur chaque livre. L'objet n'est pas d'interdire quoi que ce soit, mais de rendre l'information visible au moment où vous tenez l'ouvrage entre les mains.

Son raisonnement repose sur la notion de tromperie. Elle l'exprime sans détour dans une formule de sa tribune :

« Un livre écrit par une IA, quand il ne se désigne pas comme tel, revient à tromper le lecteur sur la nature même de l'écrit »

Monique Canto-Sperber, philosophe, dans Le Monde

Le point central n'est donc pas l'outil. Il s'agit de ce que l'on vous annonce. Un roman présenté comme l'œuvre d'un auteur qui l'a écrit ne revêt pas la même signification, à vos yeux, que le résultat d'une machine.

Le débat porte sur la tromperie du lecteur, pas seulement sur la technique

L'affaire a donné lieu à huit tribunes. Elles prolongent une question que le journal pose en toutes lettres : prompter, c'est tromper ? Autrement dit, donner des consignes à une IA pour produire un texte, puis le signer, est-ce une faute envers celui qui le lit ?

La proposition de la philosophe répond d'abord à ce besoin de transparence. Une mention imprimée évite d'avoir à deviner. Elle déplace aussi la responsabilité : c'est l'auteur qui déclare, et non le lecteur ou un jury qui soupçonne.

Voici ce que l'on peut dire avec certitude à ce stade, et ce qui reste ouvert.

PointÉtat
Thélyson Orélien écarté des finalistes du GoncourtÉtabli
Motif : soupçon d'écriture avec l'IASoupçon, pas démonstration publique
Déclaration de l'auteur imprimée sur chaque livreProposition de Monique Canto-Sperber
Règle applicable aux éditeursNon adoptée à ce jour

Ce que cela changerait pour vous en librairie et en médiathèque

Si l'idée était retenue, le geste serait simple : vous retourneriez le livre ou tourneriez les premières pages, et vous trouveriez la déclaration de l'auteur. Vous sauriez à quoi vous en tenir avant d'emprunter ou d'acheter.

Pour les bibliothèques et médiathèques, l'intérêt serait clair. Les équipes qui conseillent les lecteurs, constituent les fonds et préparent les sélections de prix disposeraient d'une information imprimée plutôt que d'une rumeur de rentrée.

Mais ne vous y trompez pas : à ce stade, il s'agit d'une proposition, pas d'une règle. Rien n'indique que les éditeurs s'apprêtent à l'appliquer. Tant que ce n'est pas le cas, l'affaire Orélien reste un signal : les jurys, les libraires et les lecteurs se posent désormais la question de l'origine du texte.

Gardez donc un réflexe simple pour vos prochaines lectures : lisez ce que dit la couverture, la quatrième et les premières pages, et suivez les débats qui se poursuivent autour des prix. La suite de l'affaire dira si la transparence devient la norme.

Vos questions

Pourquoi Thélyson Orélien est-il écarté des finalistes du Goncourt ?

Il est soupçonné d'avoir écrit son roman avec l'aide de l'IA. Il s'agit d'un soupçon qui a conduit à son retrait de la liste, et non d'une preuve rendue publique que vous pourriez vérifier dans le livre.

Que propose Monique Canto-Sperber ?

La philosophe propose qu'une déclaration de l'auteur soit imprimée sur chaque livre. Selon elle, un livre écrit par une IA qui ne se désigne pas comme tel revient à tromper le lecteur sur la nature même de l'écrit.

Cette déclaration est-elle déjà obligatoire ?

Non. Il s'agit pour l'instant d'une proposition formulée dans une tribune, dans le cadre d'un débat qui a donné lieu à huit tribunes. Aucune règle imposant cette mention aux éditeurs n'est mentionnée à ce jour.

Sources : Le Monde.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Adresse e-mail non publiée. Politique : confidentialité.

À lire aussi

Dans la même rubrique