Vous lisez beaucoup et vous pensez flairer un texte de machine ? Une rédaction a fait écrire un chapitre à une IA, en 14 secondes, puis l'a soumis à des clients de librairie et à des logiciels de détection. Résultat mitigé pour les lecteurs, net pour les outils.
En bref
- Une IA a rédigé en 14 secondes un premier chapitre d'une douzaine de pages, dans le style de Delly.
- Face à l'IA et au texte original, des clients de librairie ont hésité, et un lecteur assidu s'est trompé.
- Trois logiciels de détection concluent à une probabilité d'IA très élevée, mais le Seuil n'envisage pas de contrôle systématique.
Le chiffre clé : 14 secondes, Temps mis par l'IA pour écrire une douzaine de pages de roman.
Une IA a écrit une douzaine de pages en 14 secondes
Le test part d'une consigne très courte. La rédaction demande à une intelligence artificielle de s'inspirer de Delly, un auteur qui écrivait au début du XXe siècle sous pseudonyme, et d'écrire le premier chapitre d'une nouvelle histoire. Elle ajoute une exigence : l'IA ne doit pas être détectée.
Quatorze secondes plus tard, le texte existe. Il fait environ douze pages. Pas de relecture, pas d'atelier d'écriture, pas de brouillon : un chapitre complet, prêt à être comparé à l'original.
La question n'est pas théorique. Thélyson Orélien est accusé d'avoir utilisé l'IA pour écrire « C'était ça ou mourir », l'un des succès de la rentrée littéraire. Pour vous, lecteur, la vraie interrogation est simple : peut-on s'en rendre compte en lisant ?
Des lecteurs aguerris se trompent, et ils le reconnaissent
Les deux versions, le livre original à gauche et le chapitre de la machine à droite, ont été soumises à l'aveugle aux clients d'une librairie parisienne. Les réactions montrent à quel point la frontière s'est brouillée.
Une première cliente choisit le texte de l'IA comme le plus intéressant, et s'en étonne : « C'est bien fait, en fait ! » Un autre repère la machine grâce aux dialogues : « Ce n'est pas très très humain, ça manque un peu de sentiments ». Il a raison.
Un jeune homme, lui, désigne le mauvais texte. « Je me suis planté. » Il lit beaucoup, et il en tire un constat un peu triste : on en est au point où l'on ne distingue plus une œuvre écrite par un robot d'une œuvre écrite par un humain.
Les dialogues et les phrases en trois temps trahissent la machine
Charlotte Allibert, responsable d'une agence d'autoédition, a étudié le même chapitre. Elle commence par les dialogues, qu'elle trouve souvent révélateurs. Elle désigne le vrai et le faux texte sans hésiter, et sans se tromper.
Selon elle, le manuscrit de l'IA porte des signes typiques. Elle relève surtout beaucoup de phrases en trois temps, et une impression de répétition. Son explication : « L'IA, elle écrit de façon mathématique ». La machine travaille avec des probabilités plutôt qu'avec des mots, et retombe sur un rythme qui fonctionne.
Si vous voulez tester vos propres lectures, voici les trois points que la professionnelle a observés :
- les dialogues, d'abord, où le manque de sentiments se remarque vite ;
- les phrases construites en trois temps, qui reviennent souvent ;
- les répétitions d'une réplique à l'autre.
Trois logiciels de détection ont tranché, avec un label à la clé
Chez cette agence, les livres des auteurs qui en font la demande passent par des détecteurs d'IA. Le chapitre de la rédaction a subi le même sort. Il est analysé par trois logiciels, pour plus de précision.
Les outils repèrent un passage suspect au début, deux au milieu et un à la fin. Le verdict de Charlotte Allibert : « La probabilité d'IA est très, très, très élevée. » Le texte ne mérite donc pas le label « Création humaine », que l'agence est l'une des rares à garantir.
| Étape du test | Ce qui s'est passé |
|---|---|
| Consigne | Style de Delly, sans être détectée |
| Durée d'écriture | 14 secondes |
| Longueur | Environ douze pages |
| Détecteurs | Trois logiciels |
| Passages repérés | Un au début, deux au milieu, un à la fin |
| Label « Création humaine » | Refusé |
Attention : il s'agit d'un seul texte, brut de machine. Ce test ne dit rien d'un roman retravaillé à la main, ni de la fiabilité des outils sur tous les cas.
Les grandes maisons refusent de répondre, le Seuil écarte le contrôle systématique
Faut-il généraliser ces contrôles pour aider le lecteur à s'y retrouver ? La rédaction a posé la question aux plus prestigieuses maisons d'édition. La grande majorité a refusé de répondre, un signe d'affolement du secteur, note le reportage.
Une seule a ouvert ses portes : les éditions du Seuil. Sa présidente dit réfléchir à des solutions, y compris informatiques, mais n'imagine pas une détection systématique. Elle compte d'abord sur le travail avec l'auteur.
« La parole de l'auteur et l'accompagnement de son processus créatif, le fait que ça se déroule dans un temps long et qu'on travaille les manuscrits à plusieurs reprises, pendant parfois plus d'un an, doit nous aider quand même à éviter ce genre de recours systématique »
Coralie Piton, présidente des éditions du Seuil
Reste une inquiétude que le reportage pose en conclusion : combien de temps avant que ces contrôles deviennent indispensables, si les livres déferlent, écrits par la machine en quelques secondes ?
Vos questions
Peut-on distinguer un roman écrit par l'IA à la simple lecture ?
Pas à coup sûr. Dans le test, des clients de librairie ont hésité, et un lecteur assidu s'est trompé. Une professionnelle de l'autoédition a pourtant identifié le bon texte, en regardant d'abord les dialogues.
Les logiciels de détection sont-ils fiables ?
Sur ce chapitre, trois logiciels ont conclu à une probabilité d'IA très élevée, alors que la consigne demandait de ne pas être détecté. Un seul test ne permet pas de généraliser, mais le résultat est net.
Les éditeurs vont-ils contrôler systématiquement les manuscrits ?
Pas pour l'instant. Le Seuil réfléchit à des solutions, y compris informatiques, mais compte sur l'accompagnement des auteurs sur la durée. La plupart des grandes maisons sollicitées ont refusé de répondre.
Sources : franceinfo.
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