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« La nécessité existentielle de la création humaine » : des auteurs répondent à l'IA après l'affaire Orélien

Après l'affaire Thélyson Orélien, des auteurs publient une tribune contre une littérature hybridée à l'IA. Leurs arguments, point par point.

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Clémence Valombre

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« La nécessité existentielle de la création humaine » : des auteurs répondent à l'IA après l'affaire Orélien
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Vous avez peut-être croisé C'était ça ou mourir, phénomène de la rentrée. Depuis que le roman de Thélyson Orélien est soupçonné d'avoir été généré par IA, le débat s'est déplacé. Un collectif d'auteurs publie une tribune : pas de littérature hybridée à l'IA, au nom de « la nécessité existentielle de la création humaine ». Voici ce qui se joue.

En bref

  • Le roman d'Orélien, prix du roman Fnac vendu à 50 000 exemplaires, est soupçonné d'avoir été généré par IA.
  • Un collectif d'auteurs refuse la littérature hybridée à l'IA : selon lui, seul le technocapitalisme y gagnerait.
  • En face, Antoine Buéno, Sébastien Bailly et Alexandre Gefen défendent l'usage de l'IA, de « prompter, c'est écrire » au dialogue créatif.

Le chiffre clé : 50 000, exemplaires vendus en librairie par C'était ça ou mourir, d'un auteur inconnu.

Un roman vendu à 50 000 exemplaires pris dans une accusation d'IA

C'était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, publié chez Grasset, a décroché le prix du roman Fnac. L'auteur canado-haïtien de 38 ans affiche 50 000 exemplaires vendus en librairie : un score exceptionnel pour un auteur inconnu. Le livre figure aussi dans la première liste de l'Académie Goncourt.

Le lundi 21 septembre, tout bascule. Un mystérieux compte X s'appuie sur Pangram, présenté comme l'outil d'analyse le plus fiable du moment, pour accuser le livre de ne pas être d'Orélien : il aurait été généré avec une IA. Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, réagit d'abord avec prudence. Il se dit « rigoureusement pour la présomption d'innocence », a-t-il expliqué au « Nouvel Obs ».

Rien n'est démontré à ce stade. Orélien dit préparer un dossier pour infirmer ces soupçons. Des révélations de plagiat visent par ailleurs la plupart de ses autres écrits littéraires, ce qui, selon les auteurs de la tribune, achève de jeter le doute sur l'intégrité de son œuvre.

Une tribune publiée le 30 septembre veut dépasser le cas Orélien

Dans cette tribune, un collectif d'auteurs dit sa sidération devant ces fraudes présumées. Il dit aussi sa consternation devant les saillies racistes qui ont visé Orélien. Et sa stupéfaction face aux voix qui, en prétendant défendre l'écrivain, justifient l'usage de l'IA comme partie prenante du geste d'écriture.

Leur réponse tient en une demande : ne pas rester sur le cas individuel, ni sur l'acharnement qui en découle, mais « politiser collectivement cet enjeu ». Selon eux, les promoteurs d'une création littéraire hybridée à l'IA ont trouvé dans cette polémique « un cheval de Troie inespéré » pour légitimer leur cause.

Le collectif appelle donc à ne pas céder. Son constat : le seul gagnant d'une littérature hybridée serait le technocapitalisme, ni les auteurs ni les lecteurs.

Buéno, Bailly, Gefen : trois défenseurs de l'écriture avec l'IA visés par la tribune

La tribune cite nommément trois prises de parole, intervenues très vite après le début de l'affaire.

  • Antoine Buéno, essayiste technophile, affirme dans une tribune que « prompter, c'est écrire ».
  • Sébastien Bailly, écrivain, plaide pour la transparence dans le recours à l'IA. Il l'utilise lui-même pour écrire son prochain roman et défend un dialogue créatif avec la machine.

Le troisième est l'universitaire Alexandre Gefen, dont le collectif juge qu'il multiplie les interventions favorables à l'IA « sous couvert d'expertise académique ». Le 23 septembre, il déclarait à la télévision :

« Un écrivain n'écrit jamais seul, il écrit sous influence, en ayant recours à toute une mémoire culturelle. […] Donc pourquoi un auteur ne pourrait-il pas utiliser l'IA ? »

Alexandre Gefen, universitaire, à la télévision, le 23 septembre

L'argument parle à tout lecteur : aucun livre ne naît dans le vide. C'est précisément ce terrain que le collectif conteste.

Deux arguments démontés, et des métiers présentés comme menacés

Le collectif relève deux assertions qu'il juge insidieuses. Elles cherchent, écrit-il, à normaliser des technologies qui déversent chaque jour leur bouillie (slop) dans l'espace public.

Argument des promoteurs de l'IARéponse du collectif
Les défenseurs de la création humaine seraient des passéistes, englués dans le mythe de l'écrivain solitaire inspiré par les muses.Ce mythe est obsolète : tout écrivain chemine « en lisant en écrivant », au contact des autres, du monde, d'écrivains d'hier comme de contemporains.
L'écriture sous IA prolongerait un héritage, d'Alexandre Dumas aux grands noms de l'Oulipo.C'est une tradition factice qui masque la rupture : l'auteur deviendrait le client d'une boîte noire dont l'hypercomplexité lui échappe, donc l'écrase.

Au-delà du débat littéraire, le collectif voit un enjeu économique. Banaliser l'intrication de l'écriture humaine et de l'IA profiterait d'abord à des entreprises qui ont conçu leurs outils au moyen du « plus grand rapt de propriété intellectuelle de l'histoire de l'humanité » et attendent d'équiper toute la chaîne du livre de leurs « solutions ».

Il met aussi en avant des acteurs souvent invisibles, mais centraux de la création : les métiers de la traduction et de la correction, dont l'existence même serait menacée par l'IA. Il dénonce enfin des outils « déraisonnablement énergivores », alors que la catastrophe climatique vient, selon lui, de passer un seuil terrifiant cet été.

Ce que le collectif défend : la trace d'un regard dans le texte

Pour ces écrivains, la littérature est la possibilité d'une rencontre, permise par le travail obstiné de la forme, entre une expérience subjective et le chaos du monde. Les grandes œuvres ne nous transportent pas seulement par leurs qualités, que l'IA saura « tôt ou tard singer ». Ils citent W ou le Souvenir d'enfance de Georges Perec, Beloved de Toni Morrison, 2666 de Roberto Bolaño : ces romans portent une présence décisive.

Sans elle, le texte serait déserté, « comme un rendez-vous manqué où seul le lecteur se rendrait ». L'image vous concerne en premier : c'est vous qui vous rendez au rendez-vous. Le travail littéraire, écrivent-ils, c'est « la joie inquiète d'essayer, d'échouer souvent », d'inventer des phrases « exactes et sensibles » plutôt qu'un « simulacre instantanément généré ».

Ils sont convaincus que cet effort dépose dans une œuvre « quelque chose d'une empreinte, la trace d'un regard ». Quant à Orélien, le dossier qu'il annonce dira si le soupçon tient. Le débat, lui, dépasse déjà son cas.

Vos questions

Le roman de Thélyson Orélien a-t-il vraiment été généré par IA ?

Ce n'est pas établi. L'accusation vient d'un compte X anonyme qui s'appuie sur l'outil Pangram, et l'auteur dit préparer un dossier pour l'infirmer. Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, s'est dit « rigoureusement pour la présomption d'innocence ».

Que reproche le collectif d'auteurs aux défenseurs de l'IA ?

Il leur reproche de caricaturer les partisans de la création humaine en passéistes, et de convoquer Dumas ou l'Oulipo pour bâtir une tradition factice. Il juge aussi qu'une écriture hybridée profiterait avant tout aux entreprises de l'IA, au détriment notamment des traducteurs et des correcteurs.

Quels livres le collectif cite-t-il en exemple ?

Il cite W ou le Souvenir d'enfance de Georges Perec, Beloved de Toni Morrison et 2666 de Roberto Bolaño. Selon lui, ces romans touchent parce qu'ils portent la présence décisive de leur auteur, pas seulement pour leurs qualités formelles.

Sources : nouvelobs.com, telerama.fr.

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