Vous avez lu Mémoire de fille, ou vous comptez le relire avant la séance ? Judith Godrèche en fait son deuxième film de réalisatrice, en salles depuis le 30 septembre. Elle y filme la honte, la brutalité masculine et la dépossession du corps. Voici ce que vous verrez à l'écran, et ce qu'il vaut mieux avoir en tête.
En bref
- Judith Godrèche signe son deuxième film de réalisatrice, adapté du roman autobiographique d'Annie Ernaux, en salles depuis le 30 septembre.
- Le film s'ouvre sur Annie Ernaux, jouée par Valérie Dréville, qui revient à Rouen pour une lecture sur scène.
- Une colonie de vacances brise les illusions de la jeune Annie, et la réalisatrice y filme brutalité masculine et honte.
Le chiffre clé : 1958, l'année de la « fille de 1958 », héroïne du film, pas encore 18 ans.
Le film s'ouvre sur une Annie Ernaux d'aujourd'hui, de retour à Rouen
Le film ne s'ouvre pas en 1958. Il commence avec Annie Ernaux, jouée par Valérie Dréville, qui revient à Rouen, la ville où elle a commencé ses études de lettres en 1960. Elle y vient pour une lecture sur scène. Le dispositif est posé d'emblée : l'écrivaine d'aujourd'hui, ou presque, face à celle qu'elle a été.
De cette lecture, le spectateur est projeté dans « cet été-là », devant cette « fille de 1958 », cette « autre » qu'elle fut avant tout le reste, écrit Télérama dans sa critique. L'image est simple et forte : une femme et la jeune fille qu'elle regarde de loin.
Pour vous, qui avez peut-être le livre sur votre table de chevet ou à la médiathèque, c'est le premier point de comparaison. Relisez les premières pages en vous demandant qui parle, et d'où. Voyez ensuite comment l'écran répond : en donnant à l'écrivaine un visage, une présence, une voix sur une scène.
La jeune Annie, pas encore 18 ans, est montrée dans ses gestes les plus ordinaires
Avant le basculement, le film prend le temps du quotidien. La jeune Annie n'a pas encore 18 ans. Elle est vive, bruyante, pleine d'assurance : Télérama la décrit brusque, sûre d'elle-même et déjà amoureuse des mots. Plusieurs scènes l'installent :
- Elle écoute une chanson de Brassens sur son tourne-disque et en hurle les paroles.
- Elle fait des mines devant son miroir.
- Elle pique des meringues dans l'épicerie de sa mère, au rez-de-chaussée de la maison familiale.
- Elle reprend sa meilleure copine quand celle-ci fait des fautes de grammaire.
Ces gestes ne sont pas du décor. Ils dessinent une jeune fille entière, drôle, attachée au langage. Plus elle paraît solide au début, plus la suite pèse. C'est ce contraste que vous guetterez en salle.
Un conseil de lecteur : avant la séance, repérez dans le livre les scènes de maison, de commerce, de musique. Notez celles qui vous ont marqué. Vous saurez vite lesquelles le film a choisi de garder à l'écran, et lesquelles il laisse de côté.
La colonie de vacances fait basculer l'histoire, et la caméra regarde la brutalité masculine en face
Une colonie de vacances marque la fin des illusions de la jeune fille. C'est le moment où l'histoire change de nature. La réalisatrice s'en empare en mettant puissamment en lumière trois réalités : la brutalité masculine, la honte et la dépossession du corps de son héroïne.
La Croix situe le film « dans la zone grise du consentement ». L'expression dit où le film place le débat : sur la frontière floue du consentement, plus que sur une situation tranchée.
Télérama parle d'une « version personnelle intense » de l'œuvre d'Annie Ernaux. Le mot « personnelle » compte. Il indique que le film assume le regard de sa réalisatrice. Quand vous relirez le livre, c'est là que vous chercherez les écarts : dans ce que chaque version choisit de montrer, de nommer ou de laisser en suspens.
Soyez prévenu : le sujet est dur. Le film aborde la brutalité subie par une jeune fille et la honte qui l'accompagne. Avoir relu le livre avant permet d'arriver en sachant ce qui vous attend.
Judith Godrèche arrive à ce livre après son combat contre les violences sexuelles dans le cinéma
Judith Godrèche est une figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants dans le cinéma. Elle est descendue de l'arène médiatique pour tourner son deuxième film comme réalisatrice. Le premier, Toutes les filles pleurent, date de 2010.
La Croix le souligne : ce n'est pas un hasard si elle s'empare du roman autobiographique d'Annie Ernaux. Le choix du livre et l'engagement public de la réalisatrice se répondent. Pour vous, cela change la façon d'entrer dans la salle : vous ne voyez pas seulement une adaptation, vous voyez la rencontre de deux parcours.
| Repère | Ce que disent les faits |
|---|---|
| 1958 | L'été de la « fille de 1958 », pas encore 18 ans |
| 1960 | Annie Ernaux commence ses études de lettres à Rouen |
| 2010 | Premier film de réalisatrice de Judith Godrèche, Toutes les filles pleurent |
| 30 septembre | Sortie en salles de Mémoire de fille |
Trois points à vérifier en relisant le livre avant d'aller voir le film
Le livre est un roman autobiographique, le film en propose une version personnelle. Voici trois points à vérifier, page en main.
- Le cadre. Le film place une Annie Ernaux d'aujourd'hui à Rouen, en lecture sur scène. Voyez comment le livre installe la distance entre elle et la jeune fille.
- Les gestes du quotidien. Brassens, miroir, meringues, fautes de grammaire : cherchez-les dans le texte, et notez ce qui manque ou ce qui s'ajoute à l'écran.
- La colonie de vacances. Regardez comment le texte dit la honte et la dépossession du corps, puis comparez avec ce que le film montre de la brutalité masculine.
Si le livre est disponible dans votre médiathèque, réservez-le avant la séance ou empruntez-le en rayon. Vous irez voir le film avec vos propres repères, et votre propre avis sur ce qu'il change.
Vos questions
Qui joue Annie Ernaux dans le film ?
Valérie Dréville incarne Annie Ernaux de nos jours, ou presque, lors d'une lecture sur scène à Rouen. De là, le film nous projette dans l'été de la jeune Annie, pas encore 18 ans.
Mémoire de fille est-il le premier film de Judith Godrèche ?
Non, c'est son deuxième film comme réalisatrice. Le premier, Toutes les filles pleurent, date de 2010. Elle est par ailleurs une figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles dans le cinéma.
De quoi parle le film ?
Il raconte un été de la jeune Annie, marqué par une colonie de vacances qui met fin à ses illusions. La réalisatrice y filme la brutalité masculine, la honte et la dépossession du corps, dans ce que La Croix décrit comme la zone grise du consentement.
Sources : la-croix.com, telerama.fr.
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